Les enfants dans la Shoah

Yvonne Erman Riss

Yvonne Erman Riss
Photo de famille

Il était une fois... deux jeunes gens fuyant leur Pologne natale avec ses pogroms, ses tueries, sa misère.

Ils ne se connaissaient pas.

La France les a accueillis avec tout l'espoir d'une vie meilleure qu'elle leur offrait.

Ils se sont rencontrés, mariés à Paris dans le 20e et je suis née.

1933 : l'avènement d'Hitler coïncidait avec ma naissance.

1939 : l'arrivée de mon frère et la guerre. Tout recommençait et encore une fois le pire était à venir.

L'engagement volontaire de mon père dans l'armée française. Son retour. Son arrestation [puis son internement] en 1941 au camp de Pithiviers et son départ en juin 1942 pour Auschwitz. Il y est mort.

Carte d'identité d'Yvonne Erman Riss

Paris juillet 1942. La grande rafle. Deux policiers français sont venus nous arrêter chez nous à 12 h. Ils ont fait semblant de ne pas nous trouver, tout en criant derrière la porte qu'ils reviendraient dans ½ heure. Nous nous sommes sauvés.

Là, trois ans de galère ont débuté. Ma mère est restée cachée avec deux autres femmes pendant neuf mois dans une chambre de bonne. Elles ont été dénoncées et envoyées à Auschwitz. Seule ma mère est revenue de l'enfer.

Chez les hébergés au camp de Pithiviers

Et pendant ce temps-là mon petit frère et moi sommes cachés un peu partout avant de passer en « zone libre ». Puis Grenoble ou plutôt Sassenage, zone occupée par les Italiens.

En 1944, les Allemands ont envahi le Sud de la France. Une fois de plus nous avons repris nos bagages. Nous étions un groupe de 12 enfants, des 5-11 ans et 14 ans, à être envoyés en Suisse en passant la frontière à Annemasse.

Porte-plume au camp de Pithiviers, Copyright CERCIL

Ce fut un moment d'une émotion intense. Nous étions seuls, livrés à la garde des deux grands. Autour de nous les mitrailleuses crépitaient sans discontinuer, accompagnées des aboiements terrifiants des chiens.

Nous avons réussi à passer entre les mailles du filet. Ce soir-là nous étions le seul groupe à ne pas avoir été arrêté. Ensuite, pendant les 18 mois de mon séjour en tant que réfugiée en Suisse, j'ai erré de centres d'enfants en centres d'enfants, de familles d'accueil en d'autres familles d'accueil, jusqu'à mon rapatriement en France, où j'ai retrouvé ma mère.

Étoile matricule, Copyright CERCIL

18 membres de ma famille sont partis en fumée dans les crématoires des camps nazis.

Mon mari et moi avons reconstruit une nouvelle famille avec nos deux fils. Nous avons maintenant deux beaux petits-enfants. Quelle revanche sur la mort !

Collection CERCIL, don Yvonne Riss

Bateau portant la dédicace « Souvenir de Pithiviers. Pour ma chère Renée » réalisé pour l'épouse de Mordka Erman. L'inscription gravée sur la coque « 14.5.41 » correspond à la date de l'arrestation massive du 14 mai 1941.

PrécédentPrécédentSuivantSuivant
AccueilAccueilImprimerImprimerRéalisé avec Scenari (nouvelle fenêtre)