Les enfants dans la Shoah

Les dessins des enfants d'Izieu

Pour Sabine Zlatin, les six bandes dessinées réalisées par les enfants d'Izieu sont « remarquables [...] coloriées avec soin et comportant une diversité d'éclairages, diurne et nocturne. Tracées sur les cahiers de classe, mises bout à bout, il y en a près de quatorze mètres... Leurs auteurs ne sont pas connus. Miron, qui s'était chargé de l'économat, me racontait comment il était harcelé par les enfants demandant toujours plus de cahiers de dessin, de crayons de couleur, denrées rares à l'époque. Mon mari me disait : « Ces enfants sont de véritables papivores, tant ils ont soif de s'exprimer. Le dessin est pour eux le moyen de raconter ce qu'ils ont de plus profondément enfoui dans leur cœur ».

Environ trois semaines après la rafle, Sabine Zlatin retourne à la colonie d'Izieu. Elle en rapporte des dessins et des lettres d'enfants ainsi que des photographies, documents qu'elle conserve pendant près de 45 ans avant de les léguer à la Bibliothèque nationale de France en 1993. Un catalogue est publié : « Garde-le toujours » – Lettres et dessins des enfants d'Izieu, 1943-1944. Le 24 avril 1994, le président de la République, François Mitterrand inaugure le Musée mémorial des enfants d'Izieu.

Le grand public et les scolaires peuvent ainsi découvrir une partie de la collection reproduite dans la Maison où vécurent les enfants.

Les enfants d'Izieu

Durant leur séjour à la colonie d'Izieu, les enfants ont réalisé de nombreux dessins. Max Tetelbaum, 12 ans, très doué, réalise des dessins à l'aquarelle, à l'encre ou à la mine de plomb représentant l'aventure d'un enfant et d'une cigogne poursuivis par un loup et des chasseurs. D'autres représentent des soldats médiévaux en armure dans l'enceinte d'un château, des soldats en uniforme, bicorne, veste bleue, pantalon blanc, bottes noires, lançant des boulets de canon contre des remparts, des enfants jouant dans la cour d'un parc ou discutant.

Les éducateurs de la colonie aident les enfants à composer des bandes dessinées qu'ils déroulent devant une lampe ou une bougie avec un texte lu pour chaque image, recréant ainsi l'illusion du cinéma. « À la poursuite du Bandit », « Ivan Tsarawitch », « Le Trésor du capitaine Blood » sont les histoires mises en scène en une ou plusieurs parties. Plusieurs bandes, sur lesquelles figurent trois ou quatre vignettes, sont collées par des charnières d'emballages de chocolat ou de papiers d'écolier sur lesquelles on peut lire les fragments d'une dictée, d'un texte d'Edmond About, d'opérations de calcul, de problèmes mathématiques et de chansons. Dans une lettre qu'il adresse à sa mère, Joseph Goldberg, 12 ans, décrit fièrement le travail accompli :  on fait des films. Mois, je les colores puis un autre qui les désine on a dèjà fait aloa avec Tarzan, poursuite du bandit. Ses jolis. Ces un cuissetôt qui a fait le cinéma. Il est bien.

Le Trésor du capitaine Blood

Le film fixe intitulé « Le trésor du capitaine Blood » raconte l'histoire d'une chasse au trésor au cours de laquelle s'affrontent la marine française et la marine anglaise. Finalement, les deux parties se retrouvent autour du trésor et font la paix. Le texte de cette bande dessinée n'a pas été sauvegardé. Seul un fragment a pu être conservé. Il correspond à la « FIN DU FILM » :

pour Southapon, ils arrivèrent un bon matin. La femme de yann était sur le port, et quand elle vit descendre son mari du Ducan, elle s'élance dans les bras de yann et l'embrassa puis ils partirent. En France, un (marin) le maréchal de Villars, reçu un matin une lettre, la lut, et voici ce qu'il y avait « M. de Villars nous faisons la paix Français entre Anglais et voulons faire l'alliance. Venez en Angleterre à Southapon » puis (il) partit en navire à Southapon. Ils arrivèrent le lendemain, et il y avait sur la place de la ville de défilés Anglais et Français. Le Maréchal de Villars avait une cuirasse. Bientôt on vit sur le (trottoir) un coffret et yann se mit à dire « ca sé a partager entre nous deux et serre moi la main. » Fin

Le titre de cette histoire puise probablement sa source dans le film américain « Capitaine Blood », réalisé en 1935 par Michael Curtiz. Errol Flynn y incarne le jeune Peter Blood, médecin irlandais qui, à la fin du 17e siècle, bourlingua sur toutes les mers.

Que pouvait représenter l'Angleterre pour les éducateurs et les enfants réfugiés à la colonie d'Izieu au cours de cette année 1943-1944 ? Le désastre de Mers-el-Kébir des 3 et 6 juillet 1940 où la flotte française fut détruite par une escadre britannique ? La Résistance et le général de Gaulle ? Une possible union entre les deux pays pour vaincre l'Allemagne ? Ou plus vraisemblablement une banale histoire de pirates et de cape et d'épée ?

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