Aizik-Adolphe Feder

1887-1943

Né dans une famille de commerçants juifs à Odessa en 1887, il doit s'enfuir de son pays en 1905 : il est pourchassé pour activités politiques interdites. Il est membre du Bund, association juive de tendance socialiste. Il s'installe d'abord à Berlin puis à Genève pour y poursuivre ses études à l'Académie des Arts. Il arrive à Paris en 1910. Après deux ans d'études à l'Académie Julianne et Henri Matisse, il s'intègre au groupe de l'École de Paris qui réunissait entre autres Amadeo Modigliani et le sculpteur Jacques Lipshitz. Tout le groupe se retrouvait au café de la Rotonde à Montparnasse.

Féder exposa au Salon d'Automne en 1912. Il aimait particulièrement les paysages du Sud de la France ; Après un voyage en Palestine, en 1926, il peint ce qui l'a particulièrement frappé pendant son séjour : les paysages et les personnages vêtus à l'orientale, le contraste entre le nouveau et l'ancien monde juif (jeunes pionniers et vieux Juifs en prière).

Il fut sollicité pour illustrer de nombreux ouvrages en particulier les poèmes d'Arthur Rimbaud. Á la veille de la guerre, il avait 52 ans et s'était acquis un renom dans les milieux artistiques parisiens.

Il refusa de quitter Paris à l'arrivée des Allemands et entra dans la résistance. Dénoncé, il fut arrêté ainsi que sa femme le 10 juin 1942. Enfermé à la prison du cherche-midi, il fut transféré à Drancy au mois de septembre de la même année.

Á Drancy, où il fit de très nombreux portraits, il peignit entre les mois de novembre 1942 et février 1943, période d'accalmie relative dans le rythme des transports. Lui-même fut déporté au mois de décembre 1943 et assassiné à Auschwitz. Sa femme Sima lui survécut et fit don des portraits ayant subsisté au musée des combattants des Ghettos, Beit Lohamei Haghetaot.

Les pastels peints par Féder à Drancy se présentent à nous comme une énigme dont nous n'avons qu'une partie de réponse. Volontairement rendus hors de tout contexte (paysage, lieu, environnement) et sans que la personne dessinée soit nommée, ils ne portent que deux indications : Drancy et une date, laissant entendre que le « modèle » était vivant à la date indiquée. L'étoile jaune – obligatoire même à l'intérieur d'un camp uniquement destiné aux Juifs – est le second indice de l'anormalité de la situation, sauf dans le cas des enfants âgés de moins de six ans.

C'est peut-être cette tension entre l'aspect – en apparence anodin – et la réalité qu'il recouvre qui donne à l'œuvre son sens tragique.

D'après : Salon des Refusés, l'Art dans les camps d'internement français, Pnina Rosenberg, catalogue de l'exposition, Beit Lohamei Haghetaot, éd. 2000).

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