La bataille de Normandie

Bluecoat dans le bocage virois : 30 juillet-12 août

L'opération Bluecoat, confiée à la 2e armée britannique du général Sir Miles Dempsey, ne peut se comprendre que dans le contexte stratégique de la fin juillet-début août. C'est également par rapport à ce qui se passe ailleurs, autour de Caen, dans la Manche et à Mortain, que ses résultats doivent être appréciés.

Fin juillet, les forces américaines perçaient en direction d'Avranches. Patton allait lancer ses divisions par Pontaubault. De leur côté, Anglais et Canadiens maintenaient une forte pression autour de Caen, fixant d'importantes forces allemandes. Le “ventre mou” ennemi se trouvait bien à l'ouest de Tilly-sur-Seulles/Noyers-Bocage.

À partir d'une ligne de départ se trouvant à l'est de Caumont-l'Éventé, Dempsey fixa les objectifs de la 2e armée britannique : le XXXe corps devrait s'emparer du mont Pinçon ; le VIIIe corps, atteindre la cote 309 au nord-est de Saint-Martin-des-Besaces. L'offensive exigeait l'effet de surprise. Elle ne fut précédée d'aucune préparation lourde par l'aviation ou l'artillerie. Les régiments allemands offrirent, le 30 juillet, assez peu de résistance, mais l'avance anglaise se transforma vite en un gigantesque embouteillage sur les routes étroites du bocage : les véhicules de tête avaient sauté sur les mines abondamment parsemées par les Allemands... et, dans certains secteurs, par les Américains ! Cahagnes, atteint à minuit, fut dégagé le 31. Le VIIIe corps atteignit la cote 309.

La percée du bocage

Le 31 juillet, la 21e Panzer contre-attaqua dans le secteur du bois du Homme, mais les Typhoons détruisirent 30 chars et 54 véhicules. À 10 h 30, un détachement du 2e Household Cavalry découvrit, sur la Souleuvre, un pont intact. À midi, la 11e DB britannique dégagea Saint-Martin-des-Besaces. Le 1er août, Le Tourneur est libéré. Le 2 août, devant les progrès de l'offensive britannique, le général von Kluge déplace des forces vers le bocage virois. C'est en particulier le cas de la 2e Panzer SS. Ce même jour, la 11e DB britannique prend Le Bény-Bocage et envoie un détachement à Vire, qui fait partie désormais des objectifs de la 1ère armée US. Les unités blindées allemandes, dont certaines ont traversé Aunay-sur-Odon ravagé par les bombardements, mènent des attaques très violentes dans le secteur de Montchauvet et de Saint-Jean-le-Blanc. Pour la 7e DB britannique, tenue en échec devant Aunay-sur-Odon et pour le XXXe corps qui ne parvient pas à reprendre Villers-Bocage, le bilan est médiocre. Leurs chefs sont relevés et remplacés le 4 août.

C'est une décision d'Hitler qui, finalement, offrira des gains territoriaux aux Anglais : pour lancer son offensive sur Avranches, il raccourcit le front dans le bocage.

Le 4 août, le XXIIe corps entre dans Villers-Bocage. Le 5 août voit la libération de ce qui reste d'Aunay-sur-Odon et d'Évrecy, agglomérations rayées de la carte par les bombardements et les combats. Les Allemands évacuent la cote 112. Le 6 août, le XXXe corps s'empare enfin du mont Pinçon, du Plessis-Grimoult ; il établit à la suite de combats sévères, une tête de pont à Grimbosq.

Le VIlle corps britannique, quant à lui, piétinait face à la 2e Panzer SS, malgré l'intensité de l'appui aérien, dans le secteur d'Estry-Chenedollé. Un peu plus à l'ouest, enfin, le Ve corps US progressait très difficilement face aux chasseurs parachutistes du général Meindl.

Le 6 août, une attaque très violente, menée par les divisions blindées allemandes est contenue grâce à l'héroïsme de deux brigades d'infanterie dans les secteurs de Chenedollé et Sourdeval. Le 9 août, le VIIIe corps britannique franchit la route Vire-Condé à Vaudry. La 3e DI libère Tinchebray le 15 août. Le 16, elle traverse Flers en liesse. À ce moment, l'effondrement de la 7e armée allemande se dessine. Les unités anglaises contribueront à l'enfermement des 100 000 Allemands dans le “chaudron” de Trun-Chambois.

Bluecoat représenta un succès limité sur le terrain, en raison de la ténacité d'adversaires capables d'exploiter au mieux les terrains accidentés du bocage virois. Mais l'opération contribua à la victoire alliée en Normandie, en facilitant la percée américaine sur Avranches et en gênant la contre-attaque allemande qui ne dépassa pas Mortain. Elle coûta, en quinze jours, plus de 5 000 hommes au VIIIe corps et 4 300 au XXXe. Autour de Vire, la liberté a coûté très cher, comme partout ailleurs en Normandie.

Imperial War Museum

Convoi de la 8e Rifle Brigade franchissant le carrefour de la route de Villers-Bocage à la Ferrière-Haran, à Saint-Martin-des-Besaces, sous la protection d'un Sherman du 23e Hussars. 30 juillet 1944.

© Imperial War Museum/B8292

Collection privée

Très endommagée par les bombardements aériens des 6 et 7 juin 1944, la porte Horloge du XVe siècle émerge des ruines du centre-ville de Vire.

© Collection privée

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