La bataille de Normandie

Cobra : la percée

Fin juillet 1944, les Alliés disposaient d'une écrasante supériorité en matériels et en hommes. Par les plages, les ponts artificiels ou autres, ont afflué 1 500 000 hommes (nettement plus nombreux que les Bas-Normands), dont 900 000 Américains.

Du fait de l'ampleur des effectifs, une réorganisation militaire devait prendre effet au 1er août.

Montgomery commandait désormais le 21e groupe d'armées britanniques. Crerar avait en charge la 1ère armée canadienne, Dempsey la 2e armée britannique. De son côté, Bradley aurait sous ses ordres la 1ère armée US, regroupant les Ve, Vlle et XIXe corps. Enfin, Patton conduirait la 3e armée, avec les Vllle, XIle, XVe, XXe corps.

Les méthodes de Patton (il avait giflé un soldat en Sicile) lui avaient valu la disgrâce du haut commandement.

Il avait rongé, loyalement, son frein, en constituant une des pièces maîtresses de l'opération d'intoxication.

Fortitude : faux état-major, fausse armée, déplacements incessants vers les positions anglaises du Pas-de-Calais. Le commandement allemand, connaissant l'efficacité de blood and guts (“sang et tripes”) était encore persuadé, vers la fin juillet, que l'opération en Normandie était une feinte !

Dès le 6 juillet, George Patton était à Néhou, son QG dans le Cotentin. À la fin du mois, pendant l'opération Cobra, il allait superviser la marche du VIIIe corps qui, le 1er août, passerait de la 1ère à la 3e armée.

II semblait désormais possible, compte tenu de l'affaiblissement allemand en Cotentin, de tenter une percée décisive. Le piétinement dans le bocage ne pouvait durer indéfiniment. De leur côté, les Anglais et Canadiens continuaient, offensive après offensive, à affaiblir le potentiel allemand.

© US Army

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Fantassin de la 8e division d'infanterie américaine quittant La Haye-du-Puits après la libération de la ville, le 9 juillet 1944, qui a coûté de lourdes pertes aux troupes d'élite de la 82e US Airborne.

Cobra. Des débuts difficiles

La stratégie adoptée était celle de la guerre éclair : après un bombardement massif, une percée sur un front étroit serait suivie d'un déploiement en éventail puis d'une manœuvre d'encerclement du CXXXIVe corps allemand entre Coutances et Lessay. Bradley espérait ainsi progresser de quelques dizaines de kilomètres vers le sud du département et la Bretagne.

L'offensive avait été fixée au 20 juillet. Le mauvais temps en Manche risquait de compromettre les approvisionnements et gênait l'aviation. On diffère alors au 24.

24 juillet : faux départ. Certains bombardiers ont déjà décollé, ne peuvent être rappelés, larguent trop court, de surcroît : 25 tués et 131 blessés dans la 30e DI US. De plus, cela impose de récupérer les positions temporairement abandonnées pour permettre ce bombardement ! Cela ne se fait pas sans mal.

25 juillet : tandis que les Canadiens échouent dans la plaine de Caen (opération Spring), Cobra semble de nouveau mal partie. Encore une fois, les bombardiers ont mal visé : 100 morts et 500 blessés dans les 9e et 30e DI US. Les soldats américains sont choqués, démoralisés.

Que dire des Allemands en face ? Les 1 500 B17 et B27 avaient lâché 3 300 tonnes de bombes, pratiquant ce qu'on appelle un bombardement à saturation dans un secteur délimité par Montreuilsur-Lozon-Hébécrevon (route Saint-Lô-Périers) et Marigny-Saint-Gilles (route Saint-Lô-Coutances). Au centre de ce périmètre, le village de La Chapelle-Enjuger.

Sur la ligne de front, la Panzer Lehr du général Bayerlein perd la totalité de ses 40 chars. Certains ont été coupés en deux par l'impact, d'autres soulevés et retournés dans les cratères. Pour reprendre l'expression d'Armand Lanoux (exergue de Quand la mer se retire), il n'est pas interdit d'avoir une pensée pour ces “adversaires qui moururent loyalement pour une mauvaise cause”...

II ne restait au 130e régiment de la Panzer Lehr que sept chars à opposer à deux divisions blindées. Sur les 5 000 hommes encore valides dans cette division entrée en ligne dès les premiers jours de la bataille, 2 500 avaient été perdus.

La Panzer Lehr luttait à un contre trente. Les Américains attaquèrent. À gauche, la 30e DI, bientôt dépassée par la 2e DB US. Au centre la 4e DI, à droite la 9e DI.

Mais, sujet de déception pour le commandement, l'attaque ne se développa pas suffisamment en profondeur. Les fantassins, voire les chars, avaient été marqués par la guerre des haies.

Or, Jean Quellien (La Normandie au cœur de la guerre) montre que l'invention génialement simple du sergent Curtis Cullins permettait désormais aux chars de franchir les haies sans basculer ni présenter une cible fragile et pataude aux grenadiers allemands : les chars surnommés “rhinocéros” étaient équipés de quatre dents d'acier à l'avant, capables de défoncer le talus, de couper les racines lorsque les quelque quarante tonnes du blindé percutaient la haie à 15 ou 20 kilomètres/heure.

Cobra : la percée

26 juillet : neuf heures

Après une nuit de doute, reprise de l'offensive. Nouveau bombardement, mieux ajusté. C'est la charge des 2e et 3e DB US qui ouvre la voie.

Une unité de la 2e DB US attaque, prend Saint-Gilles, franchit la route de Coutances, continue sur Canisy, atteint Saint-Samson-de-Bonfossé le soir.

La Chapelle-Enjuger, Marigny sont investis. À l'ouest, les 79e et 8e DI US atteignent Lessay. Von Choltitz, qui commande le CXXXIVe corps, donne l'ordre de repli sur Coutances, puis Bréhal et Gavray, afin de construire une seconde ligne de défense.

27 juillet

À l'est, la 2e DB US se déploie en éventail, atteignant Notre-Dame-de-Cenilly, en direction de Gavray.

La 3e DB approche de Coutances par l'est, face aux éléments de la 2e Panzer SS et de la 17e Panzer Grenadier SS. Les troupes allemandes sont menacées de débordement.

L'opération Cobra : la percée

28 juillet, la brèche s'élargit - la poche de Roncey

Les unités allemandes de l'ouest se replient, tandis que la 6e DB US déferle depuis Lessay.

La 4e DB entre dans la ville de Coutances, défendue par des arrière-gardes, mais piégée et minée.

Des éléments du CXXXIVe corps se trouvent encerclés dans une poche Ouville-Montpinchon-Roncey. Dans la nuit du 28 au 29, ils tentent une percée vers Saint-Denis-le-Gast, Gavray,

Cérences. Certains passent, au prix de violents combats et de lourdes pertes, en particulier dans le secteur de Saint-Denis-le-Gast.

Von Choltitz est relevé de son commandement.

29 juillet

La 2e DB US capture 4 000 Allemands dans la poche de Roncey, 1 500 sont mis hors de combat.

Les Allemands tentent en soirée de reformer une ligne de défense, allant de Bréhal à Torigny-sur-Vire et passant au nord de Tessy.

L'opération Cobra : la brèche s'élargit
© US Army

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Chars de la 4e division blindée US lors de l'opération Cobra entre Périers et Coutances, acclamés par la population civile.

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Après la libération de Coutances effectuée par la 4e DB US, le 28 juillet 1944 au soir, les fantassins de la 1ère division d'infanterie entrent dans la ville dont 60 % des maisons sont détruites. 29 juillet 1944.

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Une unité de la 1ère division d'infanterie américaine progresse devant la cathédrale de Coutances relativement épargnée par les bombardements. Photo prise vers le 29 juillet 1944.

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Après une percée de 60 kilomètres, les chars américains de la 4e DB du général Wood pénètrent dans Avranches, le 30 juillet 1944.

30 juillet, la poursuite - Avranches

La 3e DB approche de Villedieu-les-Poêles dans la soirée. À Gavray, elle jette un pont sur la Sienne.

La 4e DB sort de Coutances, atteint Cérences, La Haye-Pesnel et Avranches en fin de journée.

La 6e DB prend Bréhal et s'approche de Granville.

31 juillet

La ville d'Avranches est investie et dépassée. La 4e DB atteint Ducey et Pontaubault.

L'opération Cobra : la poursuite

1er août

Elle s'empare du pont de Pontaubault qu'elle défendra contre une attaque allemande venue de Bretagne.

Pendant ce temps, le VIIe corps US avançait plus lentement sur le front s'étendant de Percy à La Haye-Pesnel, les XIXe et Ve corps, face au Ile corps parachutistes de Meindl progressent au prix de lourdes pertes : 1 800 hommes, du 27 au 31 juillet, entre Villebaudon et Torigny-sur-Vire.

Tessy tombe le 1er août. En six jours, le Ve corps US a progressé de 11 km, le Vlle de 45 km, le VIlle de 80 km. La prise du pont de Pontaubault ouvre les portes de la Bretagne. Avec la chevauchée de la 3e armée de Patton, la bataille de France commence.

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Fantassins de la 8e division d'infanterie américaine en route vers Avranches le 31 juillet 1944.

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Colonne de blindés allemands détruits par l'aviation alliée à Saint-Denis-le-Gast.

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Ce Sherman complétement retourné témoigne de la violence des combats.

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Longue colonne de prisonniers de guerre allemands du LXXXIVe corps d'armée rassemblés à l'arrière du front pour être conduits dans un camp de triage près de Périers. Photo prise dans la région d'Avranches le 2 août 1944.

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